vincent esclade
Au départ, il y a une question : « A quoi ça sert de créer toujours plus de vêtements ? ». Face à elle l’évidence du plaisir, du plaisir d’imaginer, de faire et de porter des vêtements, mais aussi le besoin de retrouver ce plaisir. Et une nouvelle question : « Comment est-ce que je raccommode tout ça ? ».
La marque Vincent Esclade se définit par la volonté d'y apporter une réponse grâce à la pratique de l'upcycling. Lancée en 2023 lors d'un évènement au 3537 à Paris, maintenant Dover Street Market Paris, elle s’appuie sur une réflexion artistique et sociologique autour du vêtement et de son image. Sa démarche créative décalée et sensible est un collage pluriel entre approche esthétique naïve et remise en question d'une forme de "bon goût".
Vincent Esclade retravaille des pièces de seconde main selon un travail de coupe précis enrichi d'ennoblissement de la matière. Des vêtements démontés, découpés, et réassemblés. Ce travail de transformation artisanale donne naissance à des créations uniques, équilibrant déconstruction et souci de protabilité. Teinture, broderie et sérigraphie parfont la création de ces pièces aux identités multiples, en hybridant cette matière première riche en histoire.
Au-delà de l’esthétique, la marque développe une dimension sociale forte à travers des workshops d’upcycling. Ces temps de transmission et d'échanges sensibilisent au problème de la surproduction de vêtements, valorisent les pratiques de réparation et interrogent les manières de créer des vêtements. Ils nourrissent une dynamique collective essentielle à la création et à la vision de Vincent Esclade.
Photo par Louise Desnos.
Comment se définit l'approche créative de Vincent Esclade ?

Réflexions artistiques et sociologiques sur le vêtement et ses images
Son approche créative s’appuie sur une réflexion artistique et sociologique du vêtement. Elle interroge ses normes symboliques et sociales, comme celles du genre, ainsi que les images que nous produisons en le portant. De là naissent des installations et objets proches du vêtement, constituant une première étape de recherche, avant leur traduction en pièces portables issues de l’upcycling.
Esthétique du collage comme langage créatif
L’esthétique du collage permet de rassembler des réflexions parfois opposées, entre héritage d’une forme de « bon goût » et désir d’une approche plus naïve du vêtement. Cette méthode intuitive assemble formes, matières et idées pour créer des vêtements variés formant un vestiaire pluriel. Le collage donne à la marque cette liberté joyeuse et décalé.

Transformation artisanale de vêtements de seconde main
Le travail artisanal est au cœur du processus créatif de Vincent Esclade. Les vêtements de seconde main, matières non vierges, sont démontés, découpés puis recomposés. Couture, teinture, broderie ou sérigraphie deviennent des outils pour hybrider ces objets. Ces savoir-faire permettent de transformer l’existant et de lui donner une seconde vie.
Upcycling et poésie des vêtements de seconde main
Travailler à partir de vêtements ayant déjà une histoire permet de réactiver leur poésie oubliée. Le vêtement n’est pas seulement un support d’expression individuelle, mais aussi un objet collectif, porteur de liens. L’upcycling devient alors un moyen de créer des vêtements qui racontent des histoires partagées.
Photos par Louise Desnos
L’upcycling comme pratique sociale et engagée
Réparer et transformer : une tradition ancienne du vêtement
Si le terme upcycling est récent, la pratique qu’il désigne est ancienne. Avant la production industrielle, le vêtement se transformait et se réparait. Du Boro japonais aux retouches domestiques racontées par ma grand-mère, ces gestes traduisaient une relation attentive et créative au vêtement.
Sensibiliser à la surproduction textile par la pratique créative
J’organise des workshops d’upcycling auprès d’amateurs, d’amatrices et d’écoles de mode. Ces temps permettent de sensibiliser à la surproduction textile et d’imaginer d’autres manières de créer. Apprendre à transformer un vêtement, c’est aussi se réapproprier un pouvoir de faire, profondément politique.

Rencontres et échanges au cœur du processus créatif
Ces moments de transmission sont également des sources d’inspiration essentielles. Les échanges, les récits et les gestes partagés nourrissent la dynamique créative. Cette dimension sociale est indispensable à l’équilibre de ma pratique artistique et contribue à faire respirer le projet Vincent Esclade.
Tenue réalisée par Daniel Tossou Ametepe, dans le cadre du projet Brilliantissim'Upcycling à Abidjan, avec Studio 4 et le soutien d'Ethical Fashion Initiative, en Janvier 2026.
Photos par LATEAMPLS.

Parcours d’un créateur entre mode, artisanat et sociologie
Expérience en maisons de luxe et exigence créative
Vincent Esclade a travaillé comme styliste au sein des studios créatifs de VETEMENTS et Givenchy. Ces expériences ont forgé une rigueur de travail, un sens du détail et une exigence technique et visuelle
pour concevoir des vêtements du produit à sa mise en image.
Styliste indépendant entre artisanat et création contemporaine
En tant que styliste indépendant, il renoue avec la couture et le travail manuel. Cette période permet de retrouver un contact direct avec la matière et le volume. Il collabore aussi avec des marques créatives comme Super Yaya et Laurence Airline, découvrant d'autres univers créatifs.
Une pratique artistique participative
En parallèle de son activité de styliste, il co-fonde l’association phénomène(s) avec Tecla Raynaud Rispal. A deux mène des projets participatifs autour du vêtement et de son image. Workshops, débats et créations collectives interrogent les représentations sociales et politiques du vêtement.
Recherche universitaire sur le métier de styliste
Vincent Esclade puisent dans des outils théoriques pour répondre à ses réflexions sur son métier et son travail, grâce à une reprise d’études en sociologie à l'Université Paris 8, Vincennes-Saint Denis. Diplômé d’un Master 2 en sociologie et anthropologie, il consacre son mémoire de recherche aux enjeux de la professionnalisation des stylistes.





